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Problématique

 

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INDICATEURS DE RICHESSES ET TERRITOIRES : un enjeu démocratique?
 
- extraits de la note de problématique -

 

Notre monde change d'ère. (…). Et plus que jamais, les contours de l'univers de demain nous échappent encore. A ce stade, nous engageons une véritable "métamorphose"(1) civilisationnelle, en gardant encore trop souvent les yeux figés sur le rétroviseur.

Or, il est grand temps de (…) réussir la résilience sociétale (2) indispensable à la construction d'un avenir porteur de "l'harmonie entre les humains, et de l'harmonie entre les humains et la nature" (3).

Pour ce faire, nous avons besoin de repenser collectivement une vision et un cap, et de nous doter de nouveaux repères pour guider nos pas et aider nos choix.(...)

Nos indicateurs ne parlent que de ce que nous voulons regarder

Sans que nous en soyons toujours conscients, les indicateurs façonnent notre regard sur le monde et orientent nos vies …

Très concrètement, un indicateur est une information (le plus souvent quantitative et chiffrée) qui nous éclaire sur une situation, une problématique que nous cherchons à cerner, ou sur laquelle nous désirons agir. Mais les indicateurs ne peuvent nous montrer que ce que nous leur demandons d'éclairer. Un indicateur n'est pas une donnée en soi, mais une lecture possible de la réalité. Et cette lecture dépend de la nature de la question posée, de la nature des informations que nous jugeons pertinentes pour éclairer cette question, et de l'usage que nous en faisons.  (...)
 
L'enjeu démocratique des nouveaux indicateurs de richesses.

Ainsi, un indicateur peut nous éclairer, à condition que nous voulions bien regarder. Reste donc à savoir quel est le projet visé, qui pilote le dispositif, et qui tient la barre pour tenir le cap. (...)

La question se pose aujourd'hui de savoir qui est légitime pour définir ce qui "compte le plus", sujet clef pour orienter la transformation de nos modèles de développement. (…)

Nous avons le droit, voire même la responsabilité citoyenne, de contribuer à définir "ce qui compte vraiment", de comprendre ce que sont - ou ne sont pas - les données qui régissent nos choix sociétaux, et de contribuer à définir ce qu’elles pourraient être et ce à quoi elles devraient servir.
C'est une condition essentielle pour que les indicateurs nous donnent de nouveaux repères permettant d'orienter l’action des pouvoirs publics et des autres décideurs. Mais aussi pour accompagner l'évolution de nos pratiques individuelles et collectives, de façon à passer d’une société du "beaucoup d’avoirs pour quelques-uns", à une société du "bien vivre pour tous, ensemble, dans un environnement préservé et partagé"(4). C'est-à-dire pour mesurer et nous rendre compte mutuellement des progrès accomplis sur le chemin du développement durable.

Apprendre des initiatives territoriales en cours.

Aujourd'hui, la remise en cause du PIB – ou en tout cas de son utilisation comme seul indicateur pour mesurer la richesse ou l'état de santé d'un pays (wealth of nations), et la nécessité de construire de nouveaux indicateurs est presque devenue un "sens commun", porté par une large palette d'acteurs et d'institutions, et de plus en plus relayé dans les médias. Et les initiatives de définition et construction de nouveaux indicateurs (de richesse, de progrès,..) sont de plus en plus nombreuses, y compris au niveau institutionnel international (Better Life Index / OCDE, IWI/ PNUE), et national (Commission Sitglitz/Sen/Fitoussi, INSEE, CESE,....) Par ailleurs, en France et dans le monde, plusieurs territoires et réseaux (par exemple, l'Association des Régions de France) se sont emparés de la question.

Cependant, toutes les initiatives ne se ressemblent pas. Au delà de la question du niveau de territoire concerné (national, régional, local), les démarches mises en œuvre, et les postulats qui les sous tendent sont multiples. (…)

Il en résulte une grande différenciation entre les types d'indicateurs retenus, en termes de lisibilité des données choisies, ou encore en termes d'usages.

Dans ce contexte, la recherche action vise à conduire une exploration sur l'enjeu démocratique et de la contribution citoyenne dans l'élaboration et dans l'usage des indicateurs de richesses.

Ce postulat initial est central : il ne peut y avoir légitimation de nouveaux indicateurs de richesses sans processus démocratique. Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins, et la question qui nous est posée est celle des valeurs autour desquelles nous voulons faire société, pour aujourd'hui et pour demain. Pour reprendre les termes de Jean Fabre (5), «  La question des valeurs est devenue aujourd'hui inéluctable car, pour la première fois dans l'histoire, l'humanité toute entière va devoir repenser par nécessité, et non par simple choix, le pacte économique, le pacte social et le pacte environnemental qui lient tous les êtres qui la composent. »

Cette question nous interroge tous, et appelle une réponse collective et concertée.(…)

Ainsi, la recherche-action se propose d'explorer, approfondir et développer les démarches, d'interroger les cadres et dispositifs permettant la mise en œuvre d'une réelle dynamique démocratique et participative tout au long du processus : dans la définition des indicateurs ; dans la remontée des données et informations constitutives des indicateurs choisis ; dans la concrétisation en actions (individuelles et collectives) à partir du cap défini collectivement ; dans la transparence, la lisibilité et la réciprocité du rendu-compte ; dans le débat que ces informations peuvent provoquer et dans l'évolution des indicateurs en fonction des avancées et des nouveaux enjeux,...

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1Cf. Edgar MORIN

2Guérir de nos blessures et traumatismes pour sortir de l'état dépressif, et nous reconstruire.

3Cf. définition du développement durable par la Commission mondiale du développement durable 1988

4Cf. Manifeste du Forum pour d'Autres Indicateurs de Richesses

5Ancien Directeur adjoint du PNUD